11 septembre 2011

134. De pis en pis

Giorno 6 (ellipse d'une journée parce que je n'ai rien fait de nouveau)

Ce soir, j'ai assisté à la traite automatique des brebis. après leur descente des pâturages

Un grand moment. Je n'aurais jamais pensé que ça serait si comique. Enfin... pour moi qui suis du genre à me rouler par terre si je vois quelqu'un glisser sur une peau de banane. Par groupes de 24 (sachant qu'il y en a environ 500, faites le compte des tournées), les bêlantes entrent dans la « salle de traite » en se bousculant, certaines arrivant même avec une magnifique glissade (peut-être intentionnelle, pour m'impressionner, qui sait?) sur le carrelage. Le nonno ferme la porte au nez de la 25e, qui une fois sur 2 pousse un bêlement de déception (et moi, un hurlement de rire), et une fois sur 20 se retrouve la tête coincée entre les barreaux de la porte (et là, j'ai beau compatir... je ris encore tout haut rien qu'au souvenir de ce pathétique spectacle). Une fois qu'elles sont entrées, elles se ruent sur leurs mangeoires (astuce pour les faire bien se ranger), qui bougent pour les faire reculer de 3 pas, toutes synchro, une véritable chorégraphie. Je me suis retrouvée avec 25 paires de fesses sous le nez.Et là, il s'agit de mettre la trayeuse en place sur le pis.

le nonno a le coup de main. Pas moi.

Ça fait comme un aspirateur, sauf que c'est 10 fois plus puissant, et qu'une fois sur le pis, ça presse sans pitié. J'ai fait un film: tout y est, du bêlement de la brebis refoulée aux spasmes de la trayeuse, en passant par la glissade.



Pendant mon petit stage d'observation, j'ai pu constater, non sans étonnement, qu'aucune paire de pis ne se ressemble: il y a les gros, les petits, les poilus, les gonflés, les tout raplapla, les rentrés (inversés), les scrofuleux... Tout tout tout vous saurez tout sur le pis de brebis. Il y avait aussi la chèvre au pis unique. Vous ne me croyez pas? Pisque je vous le dis!

Giorno 7, jour du seigneur

Tout étant relatif, méga grasse mat: 8 heures 15!!! Vu la chaleur, j'ai tout de suite abandonné l'idée du jogging dominical. J'ai préféré passer la matinée cloîtrée à aider la nonna à tailler en fines lamelles des aubergines à mettre à mariner en bocaux. J'ai quand même pu faire mon sport de la semaine grâce à Alberto qui m'a emmenée à la plage(Villapiana, à 30 kilomètres) l'après-midi. Non seulement j'ai vu la mer ionienne pour la première fois,

je connais une tata qui sera contente de constater que je donne une deuxième vie à son autre robe vintage (qui n'a pas intérêt à me faire le coup de l'autre)

mais je me suis baignée dans son eau limpide, sous le regard des mouettes qui venaient pêcher leur pitance. Ça ne rend pas bien sur la photo, mais l'azur de la mer est vraiment unique. Je dis ça en connaissance de cause, parce que j'en ai vu, des belles plages, pendant mes derniers voyage... Bon, c'était peut-être aussi l'effet pré-coucher de soleil, qui donne une luminosité particulière. Il n'y a peut-être pas de sable fin, mais des rochers avec lesquels on peut faire des tours (ou jouer au Badaboum: si vous ne connaissez pas ce jeu qui a chamboulé mon enfance, oubliez): encore mieux.

Giorno 11

La vie suit son cours, une routine s'instaure. Je pouponne un peu avec le bébé de Giuseppe, mon italien s'améliore de jour en jour, le vocabulaire du nettoyage n'a plus aucun secret pour moi(chiffon, balai, serpillère, lessive, tablier... mon „vocabulaire de l'italien moderne“ acheté il y a 10 ans me sert enfin!!) et je suis devenue la reine du frottage et retournage de fromage.

ils tremblent tous en me voyant arriver avec mes chiffons

Quand il ne fait pas trop chaud (ou que je ne passe pas mon après-midi à faire la sieste), je pousse jusqu'au village à bicyclette (je développerai dans un post ultérieur). Enfin bref, il fait bon vivre ici. J'aurais d'ailleurs pu y rester toute ma vie si j'avais voulu. La nonna avait déjà pour moi des plans d'avenir: « Tu pourrais épouser mon fils aîné et vivre dans la maison familiale avec lui ». Il est temps de lever le camp avant que ça ne devienne critique.

06 septembre 2011

133. Ricottera bien qui ricottera le dernier

Giorno 4

Se lever à 4h30... avant même le soleil... pas de quoi en faire un fromage, diraient certains lève-tôt.
Eh bien si justement, et pas qu'un seul. On en a fait pas moins de 300 (chiffre plus qu'approximatif), et 4 sortes différentes. Même si je suis littéralement épuisée, je ne regrette en rien mon sacrifice de pourtant précieuses heures de sommeil.
Bon alors, comment ça marche?
D'abord, on pasteurise les 300 litres de lait (chèvre et brebis mélangés) à 60 degrés -dans une machine à vapeur si j'ai bien compris-,

que voici

on les laisse refroidir à 35 degrés, on y met le ferment

importé de France SVP! On n'utilise pas le même pour le fromage dur (type pecorino) et le fromage mou (type tomme de Savoie)

et la présure
désolée pour les végétariens: c'est fait avec de l'estomac de bovins. Ceci dit il en existe aussi de la végétale.

et on laisse reposer 20 minutes le temps que ça caille...

et la felciatta è già pronta! Ce fromage frais tout lisse, qui tire son nom de la fougère (felce) qui décore et donne de l'arôme, n'a pas un goût très prononcé mais c'est très fin (d'aucuns -comme moi qui me suis enfilé la barquette d'un coup, par exemple- ajouteraient que ça se mange sans faim).


Giuseppe remplit les petites barquettes pendant que Pina découpe la fougère


Ensuite, on mélange ce qui reste dans le chaudron

du coup c'est foutu pour l'aspect lisse

et on peut commencer la fabrication du fromage à pâte dure.

On verse tout ça dans des moules à trous


Si on le mange sans attendre (vous vous doutez bien que j'ai essayé), ça donne plus ou moins de la faisselle.

puis on met les fromages nouveaux-nés à égoutter/sécher dans une machine, et il ne leur reste plus qu'à apprendre à flotter

dans un bain d'eau salée

et à s'affiner quelques mois dans la salle réfrigérée.

Celle-là même où je passe une partie de la matinée à astiquer des fromages, qui en sont à différents stades de maturation.

Avec le lait du deuxième chaudron (ferments blancs), on fait la même chose sauf que le résultat est un fromage à pâte molle.

La ricotta est faite avec le petit lait qui reste de la fabrication de tous ces fromages, en fait! Lait qui est recuit... d'où le nom!! (traduction littérale: la recuite). Je me coucherai moins bête ce soir. On y ajoute quelques litres de lait cru. Je ne sais pas si c'est seulement dans la région, mais on y trempe des branches de figuier en guise de présure (et peut-être aussi pour donner un petit goût).

On enchaîne avec un atelier fermage-découpage-collage: après que Pina a fermé hermétiquement les faisselles avec la machine à plastique, je découpe ce qui reste autour et colle l'étiquette avec la date de péremption.

Pour terminer (last but not least!), nettoyage en grand, alors que Giuseppe se dépêche d'aller livrer la Petite Fougère et la Recuite aux épiceries.

Enfin voilà... je suis bien contente d'avoir vu tout ça... je me livrerais bien à des petites expériences dans ma cuisine! Quand on voit à quelle vitesse caille le lait, ça encourage...


Sinon j'ai fait connaissance de toute la famille, qui n'habite pas bien loin. La seule fille de la famille (sœur de Giuseppe et Alberto, vous suivez?) a émigré dans les Pouilles (3 heures de route: pire que l'exil) pour y suivre son mari(rencontré pendant ses études de médecine), au grand dam de la nonna qui l'aurait bien gardée près d'elle: une si brave fille! Elle n'aurait pourtant eu aucun mal à trouver mari au village! En contrepartie, elle revient au bercail dès qu'elle a des congés, en ce moment par exemple.
Il y a de quoi s'y perdre dans la généalogie mais je fais de mon mieux pour m'y retrouver, sachant qu'il y a 2 Alfredo et 2 Maria puisque la coutume ici est de baptiser les petits-enfants premiers nés comme les grands-parents (un signe de respect, mais surtout une source de confusion, à mon humble avis)...
Pour corser le tout, il y des décalages de générations, l'arrière-nonna ayant eu son dernier enfant à 50 ans: résultat, la nièce de la nonna est plus jeune que moi (il n'y a pas de mal, diront certaines mauvaises langues).
C'est non sans étonnement que j'ai appris que Pina (la femme qui travaille avec nous à la fromagerie le matin) est aussi partie intégrante de la famille, puisqu'elle a épousé... le petit frère de la nonna (le petit dernier évoqué un peu plus haut), ce qui en fait (si mon raisonnement est bon)... sa belle-soeur.
Et ce n'est pas fini: dans la langue italienne, on utilise le même mot pour petits-enfants et neveux...
Mamma mia. Ils en font exprès.

03 septembre 2011

132. Chèvres calabraises, gare à vos pis!

Morano, giorno uno

Ah, la bella Italia... où que j'aille, elle ne me décevra donc jamais.
Cette fois-ci, c'est pour le Sud que j'avais pris mes biglietti. Arrivée à Lamezia (Calabre), départ de Bari (Pouilles) 2 semaines et 5 jours plus tard. J'ai cherché une exploitation agricole dans la région de ma ville de débarquement.
Premier critère de sélection: la présence d'animaux à traire (cf ma déconvenue de l'année dernière). Quand j'ai vu „500 pecore e 100 capre“ (autrement dit 500 brebis et 100 chèvres) sur la description du site du Wwoofing, mon sang n'a fait qu'un tour: cette ferme était pour moi. Et en effet, quelques mails plus tard, le séjour était arrangé.
Comme d'habitude, j'ai été charmée par le pays dès que j'ai mis le pied sur le sol italien. Rien que d'entendre la langue, ça me rend heureuse. Le trajet a duré 13h de porte à porte mais je ne l'ai pas vu passer. Dans le train de Lamezia à Cosenza, j'ai vu la mer Tyrrhénienne (merci Google et vive le copié-collé)

à travers la vitre sale

et dans le bus qui m'emmenait vers Morano Calabro, les collines.
Le sympathique Alberto est venu me chercher à la station de bus. J'ai tout de suite compris que j'avais affaire à un chauvin de profession. Qu'est-ce que tu connais déjà de l'Italie? La Toscane? C'était comment? Beau? Ah ben tu verras, ce n'est qu'un avant-goût d'ici.
On arrive à Morano Calabro, je m'extasie devant le centre historique perché sur les roches



„oh, ça me rappelle les photos que j'ai vues de Matera, c'est incroyable!“ (NB: village aux alentours de Bari, les photos me font rêver depuis des années, je compte bien y passer au retour) Que n'avais-je pas dit là... Absolument rien à voir (et devinez ce qui est mieux...)
J'ai eu droit à la visite guidée de l'exploitation à l'arrivée. Dio mio, je vais en avoir, des choses à apprendre! Le pecorino (que j'ai dégusté avec des figues du jardin) est excellent, mais la fabrication est pour l'instant encore un épais mystère.
J'habite dans une petite maisonnette à côté de l'exploitation avec i nonni (papi et mamie, quoi), le fiston numéro 2 Giuseppe loge à 10 mètres avec sa femme et leur bébé, tandis qu'Alberto habite au village près de sa boucherie.
Niveau compréhension ça va, à part le nonno que je ne comprends absolument pas. Je ne sais pas si c'est le manque de dents, le dialecte, ou ma surdité précoce... ça doit être un peu de tout ça (et d'autres choses).
Pendant le dîner, je demande à la nonna quand ils se lèvent en général, elle me répond 5 heures... J'ai attendu désespérément le moment où elle allait ajouter: „humour!!!“... mais il n'est jamais venu. La bonne nouvelle, c'est que demain on ne fait pas de fromage, donc je peux faire la grasse mat jusqu'à 7h. Youpi tralala.
En attendant, je ferais mieux de me coucher maintenant (21h32) car ce n'est pas ici que je peux espérer rattraper mon déficit de sommeil accumulé les dernières semaines.

Morano, giorno due

Pfff... non ne posso più.
Après un surprenant petit déj composé de petits gâteaux mis en bouillie dans un café au lait de chèvre du pré d'à côté, j'ai passé la matinée dans le „caseificio“ (labo à fromage? Ah si j'avais un dico..), où j'ai tout d'abord séché des fromages au torchon après le passage au karcher que leur faisait subir Pina, la femme qui vient tous les jours de 5h30 à 13h30. Les pauvres n'ont commis comme seul crime que de se couvrir de moisissure, ce qui n'a pas l'heur de plaire aux gens de la mer à qui Pina va aller vendre les fromages.
Ensuite, j'ai passé au moins deux heures dans la chambre réfrigérée (mais pas si froide, ouf) à astiquer un par un environ 300 fromages à pâte dure (3 sortes: chèvre, brebis et mixte) en maturation, toujours pour éviter une formation excessive de moisi. Eh bien je peux vous dire que ça fait les bras, chaque spécimen pesant entre un et 2 kilos, voire 3 pour les plus grassouillets.
Pour m'achever, j'ai eu le privilège de nettoyer le magasin de fond en comble. Faut bien s'occuper les jours où on ne fait pas de fromage (dixit Pina).



Là je sors d'une sieste de 2h (de toute apparence les 9h30 que j'ai dormi cette nuit ne m'ont pas suffi) et me demande à quelle sauce je vais être mangée après.

(…) Réponse:
sauce cueillette de haricots, accompagnement nonno.

vue du potager. Au milieu, sur la dernière colline sombre, vous pouvez apercevoir le château de Morano

Alors j'ai eu la confirmation: ce dernier parle en effet le dialecte (qui, si j'ai bien compris, n'est même pas compréhensible pour un Italien) la majeure partie du temps. Avec moi il a fait un effort et parlé italien... ce qui a UN PEU amélioré l'affaire, mais juste un peu... Je rebondis comme sur un trampoline sur les mots que je capte par ci par là (sinon je fais « mmh mmmh » en hochant la tête, telle une Mounich à Bonn). Si tu lis ça Anke: c'est pire que le camionneur néozélandais et le peintre du Tonga (cf post 35)
Résumé de ce que j'ai compris de la conversation: c'était mieux avant. Ça alors.

Morano, giorno tre
Petite journée cette fois-ci. J'ai donné un coup de main à Pina pour le ménage ce matin (vous en déduirez que ce n'était toujours pas le jour du fromage) et cet après-midi j'ai accompagné Alberto au Nord où il est allé acheter du lait (rien que 300 litres!) pour faire du fromage demain (enfin!!), celui que donnent les chèvres de l'exploitation ne suffisant pas (quelles feignasses!)
Jolie promenade en voiture dans la montagne, et l'occasion pour moi de pratiquer l'italien de manière intensive! Les mots me viennent déjà plus vite. Et la pause gelato... mamma mia, si onctueuse... comment revenir à la glace allemande après ça.

(…) le soir
Allelluya!! J'ai trait ma première chèvre!!! Al mano, per favor! Depuis le temps que j'en rêvais...

elles n'attendent que ça

Bon OK, j'en ai mis partout sauf dans le seau (dans ma manche pour commencer, sur mes pieds ensuite, puis dans la face du pauvre garçon qui m'assistait patiemment, et, pour terminer, par terre), mais c'est déjà une victoire pour moi que d'avoir réussi à sortir quelque chose de ces mamelles de béton!
C'est qu'il faut presser dur, puttana capra!
Pour les mauvaises langues: c'était bien une chèvre, mon collègue ayant viré à coups de pied au cul les boucs facétieux (que je comprends: qui ne tente rien n'a rien).

cherchez l'intrus

Allez, au lit: demain c'est jour de fromage, faut se lever à 4h30... finalement c'est pas si mal que ce ne soit plus vraiment la saison.




01 septembre 2011

131. Thailande, les retrouvailles: suite et fin



Mes plus plates excuses à ceux que je fais poireauter au bord d'une route cambodgienne depuis maintenant... 6 semaines (ou quelque chose comme ça), les laissant mariner dans un suspense insoutenable...
Quitte à en décevoir certains (qui me voyaient déjà croupir dans un cachot cambodgien pour dépassement de durée de permis de séjour), je suis arrivée à la frontière thaï avant la fermeture. Voici les notes que j'ai tapotées à cette période (pour vous montrer quand même que l'intention y était!):

En voyant les panneaux après la frontière, j'ai décidé sur un coup de tête de retourner à Koh Chang (cf précédent voyage, posts 50-53), île qui se trouve juste à côté. J'avais initialement prévu de me rendre sur la péninsule sud que je ne connais pas encore, mais les 2 jours de trajet m'ont découragée...
Après toutes ces pérégrinations dans des contrées inconnues, j'avais soif de familiarité.
Tant qu'à faire je suis allée sur la même plage que l'année dernière (Lonely Beach, au sud), dans le même resort...
Je n'ai quand même pas poussé jusqu'à reprendre le même bungalow (qui n'est pas libre de toute facon). Cette fois-ci je m'en suis pris un tout neuf en « dur »: mon ras-le-bol des bestioles aura eu raison de mon penchant pour le bois et le rustique.



J'ai vidé mon sac à dos qui sent le cadavre (pire que quand on avait trouvé un lézard mort derrière le ventilo avec Fanny à Vang Vien) et l'ai mis en quarantaine surki le balcon, heureusement à l'abri de la pluie.
Rien que pour désinfecter ça, j'ai hâte de rentrer.

Un an après, rien n'a changé sur l'île... ou presque. Disons que certaines choses ont évolué. Le (la?) serveur lady boy n'a toujours pas appris à sourire mais s'est payé une paire de seins, la hutte aux massages a été déplacée en front de mer, les geckos n'ont pas bougé et poussent toujours le même cri, mais je m'y suis habituée... là, c'est moi qui ai changé.
L'autre serveur ne me drague/insulte plus pour la bonne raison qu'il n'est plus là (soit il s'est fait virer, soit il s'est fait la malle avec une charmante Occidentale auprès de laquelle son charme a opéré), à mon grand soulagement, dois-je avouer.
La bouffe est toujours aussi bonne,



noix de Saint-Jacques au poivre vert... j'en salive avec nostalgie

les pentes toujours aussi escarpées

lieu dont la seule évocation fera frémir d'horreur mon gros orteil jusqu'à la fin de ses jours

mais j'ai appris à ne plus freiner avec le pied quand je conduis ma mobylette... entre 2 averses.
C'est la dolce vita sous la pluie.



Fin du copié-collé.

J'ai enchaîné avec quelques villes de province, que je vais vous présenter rapidement.
Après un saut de moins de 24h à Trat,


agréable petite bourgade pas très touristique au bord d'une petite rivière marron

je me suis dirigée vers une ville au nom mélodieux, Chantabhuri.

A peine arrivée, je suis tombée nez-à-nez avec...

une église catholique comme on en fait chez nous!

Mais je n'étais pas au bout de mes surprises: des Africains à chaque coin de rue, et manifestement pas des touristes! Étonnant quand on n'en a pas vu un seul depuis 4 mois. L'un d'entre eux m'a adressé la parole, me permettant d'éclaircir rapidement le mystère: ce père de famille guinéen était dans le commerce des pierres précieuses, les achetant ici pour les exporter à Madagascar. D'accord, je comprends mieux... Car Chantabhuri, c'est avant tout la ville des pierres précieuses.






de toute apparence, les Chinois ont le monopole



C'est aussi la ville des lapins.





des lapins en mènent à d'autres...

j'ai profité du beau temps providentiel pour aller faire un tour au parc Thaksin


J'ai terminé mon voyage en beauté avec un petit séjour à Kanchanabhuri, la ville du fameux pont sur la rivière Khwai.
Le pont en soi est un véritable attrape-touristes

il ne s'agit même pas de l'original, qui a été détruit en grande partie par les bombardements


ceux qui ont besoin de quelques explications se délecteront de celles-ci

mais la ville est agréable. Certains éléments m'ont funestement rappelé ma Normandie natale.

cimetière allié admirablement entretenu

Les alentours se prêtent à de belles balades à vélo et en mobylette. C'est sur une Honda « Mio Amore » rose (je vous jure) que je suis allée voir 2 temples perdus en pleine campagne, perchés sur une colline.

on les aperçoit en arrière-plan. Notez l'écharpe assortie à la mob (la classe, on l'a ou on l'a pas)

les voici de près.

Au retour, je suis tombée par hasard sur ce petit joyau du kitch.
Je me suis jetée dans la gueule du dragon



percée de petites fenêtres avec vue sue les pattes...




Quant à l'hébergement... j'ai beaucoup apprécié ma petite chambre avec vue sur la rivière
terrasse de l'hôtel

Je me suis remise en forme dans la

piscine bordée d'orchidées que j'avais presque à moi toute seule!

Quand je pense qu'une entrée à la piscine de Bonn coûte maintenant autant qu'une nuit là-bas piscine comprise...

A très bientôt pour de croustillantes nouvelles italiennes! (pas encore rassies comme celles-ci, quoi)
Pour vous mettre le lait à la bouche: je trais des chèvres en Calabre!! (après un mois d'agréable labeur à Bonn)




21 juillet 2011

130.Souvenirs diluviens de Chi Pat

J'aurais pu sans problème végéter à Sihanoukville jusqu'à expiration de mon visa... C'eût été tellement facile... mais tellement peu stimulant. De plus, j'aurais risqué de terminer en grillade de luxe sur la plage : « buy big giant mollusque BBQ, today only, very rare ! »
Je n'ai plus guère d’énergie, autant physiquement que moralement. Espérons que ce soit dû au climat uniquement. J'ai quand même réussi à m'extirper de ma chaise longue 5 minutes pour aller acheter un ticket de bus (et même comparer les prix) pour Chi Pat, village prometteur (d’après la description du guide), me disant qu'il n'y aurait rien de tel qu'un peu d'aventure pour me rebooster un peu.
Ça l'a été, l'aventure, mais pas franchement celle à laquelle je m'attendais.
C'est dans ce petit éco-village que j'ai compris dans ma chair (voire dans mes os) ce qu’était vraiment la saison des pluies.
Un peu comme « bienvenue chez les Chtis » : dès que je suis montée à l’arrière de la mobylette (unique moyen de locomotion pour rallier Chi Pat à partir d'Andaung Toeuk où m'a déposée le bus, le cargo de marchandises ne circulant plus depuis que la route a été « aménagée »), des trombes d'eau ont commencé à tomber. Moi qui ne suis pas rassurée à mobylette, en temps normal, imaginez sous la pluie battante sur un chemin de terre...
Enfin bon, je suis arrivée saine et sauve (toujours sur la pluie).


l'entrée du village à un moment (béni) où il ne pleuvait pas


Là, je m'inscris pour une rando le lendemain, me disant (ô combien naïvemement) que le temps ne pourrait être que meilleur.

le CBET (community based ecotourism) center, organe central d’où tout est organisé.

J'ai somnolé pendant 3 heures en attendant que ça se calme, bercée par le bruit des gouttes sur le toit de mon rustique bungalow, et j'ai enfin pu aller faire un tour à vélo en fin d’après-midi. J'ai slalomé entre les vaches,



les poules et les flaques d'eau,



répondu aux coucous enthousiastes des petits nenfants




mais n'ai pas rendu la pareille aux petits cochons insolents qui me montraient leurs fesses.

Il n'y a plus de respect, ma bonne dame.

J'ignorais alors que cette balade allait constituer le plus beau moment de mon séjour à Chi Pat.

Le soir, j'ai attendu en vain la compagnie au « local pub »




composé en tout et pour tout d'une table en bois sur une terrasse même pas éclairée (mais abritée, plût à Bouddha), à laquelle je me suis installée avec mon bouquin et ma lampe frontale, mes plus fidèles amis


à l’entrée de ma « guesthouse » (où j’étais la seule guest, par ailleurs).

Le lendemain matin, je me lève aux aurores pour ma rando. Le but était censé en être un point d'eau où on pouvait apercevoir des animaux venant s'abreuver. J'avais carrément mon guide perso... qui m'annonce au bout de 2 minutes qu'en cette saison, on n'allait probablement voir aucun animal puisqu'il leur suffit de tirer la langue pour s'hydrater.
Z'auraient pas pu me le dire la veille à l'office de tourisme ?! Je me serais plutôt inscrite à l’activité pêche au homard si j'avais su, ou encore à la visite des cascades !
Comme un malheur n'arrive jamais seul, la pluie a commencé à tomber peu après notre départ... et n'a pas cessé une minute jusqu'à notre retour 7h plus tard, 3 heures aller, 3 heures retour, avec une pause-déjeuner (heureusement à l'abri) pendant laquelle on était censé voir des animaux... tu parles, on a vu en tout et pour tout 3 pauvres canards...

en voilà 2

et beaucoup de fourmis

contrariants, les animaux apparaissent le plus souvent quand on ne s'y attend pas... sur les paquets de cigarettes, par exemple.


Le trajet retour a été pire que tout : après le crachin, la vieille saucée qui te trempe jusqu'aux os en 10 secondes. La plupart du temps, nous avions de l'eau jusqu'aux genoux alors que nous marchions dans des chemins... transformés en ruisseaux.



Je préférais encore ça aux tronçons en terre /cailloux humide, où miraculeusement je ne me suis étalée que 2 fois sans rien me casser. On a même traversé des ponts sous-aquatiques dans des petits lacs : je devinais la planche sous mes pieds (à 50 cm de profondeur) et n'avais plutôt pas intérêt à marcher à côté. Pas tant pour moi (je n’étais plus à ça près) que pour mon appareil photo tout nu (je ne lui ai toujours pas trouvé de housse).
Le tout a été ponctué par des pauses-désangsuation. Les saloperies traversaient même les chaussettes pour me bouffer les pieds, grimpaient jusqu'en haut de mon pantalon pour venir me croquer le bidon... J'ai fait preuve d'un stoïcisme qui ne me ressemble pas (disons que c’était plutôt de la résignation) : j'ai fini par abandonner totalement, me disant qu'il valait mieux attendre d’être sous la douche (froide, cela va sans dire) pour éradiquer méthodiquement cette vermine... j'en ai retrouve au-dessous du soutif (avec la moitié de la bête encore sous ma peau, l'autre moitié sur le tee-shirt), sous mon aisselle (décidément!)... brrrr, j'en frissonne encore.

Comble de l'ironie : maintenant que je tapote ce poste, le lendemain, il fait un soleil radieux...

ce dernier riait sur les rizières (et de moi, probablement) pendant le trajet retour à mobylette

ça fait 3 HEURES que j'attends mon bus

ici-même, sous le parasol rouge

et je risque d'arriver trop tard à la frontière alors que mon visa expire aujourd'hui...
ARRRRRGGGGG.